dimanche 3 février 2008

Le mystère des textos maternels enfin révélé !

Je me suis dit que dans la mesure où j'entamais une carrière d'enseignante à 3 sous pour un organisme de soutien scolaire qui en pèse des millions, je me devais de prendre ma tâche au sérieux. Aussi, envisagé-je de me remettre à la pratique du commentaire de texte.
Nulle lubie n'est à l'origine de cette entreprise, non non ; il s'agit seulement d'une nécessité absolue après ce texto :


expéditeur : Dad
date : 03-02-08 à 19h45

message : "J'ai un nouveau portable mais j'ai pas changé de numéro. Ta mère voudrait que tu l'appelles sur son portable à elle. Bisous"


Bien. Reprenons au début : "J'ai [...] numéro" :
-Visiblement, l'expéditeur n'avait d'autre but que de tester la sensibilité des touches de son nouveau téléphone dans la mesure où ce texto, comme 90% des textos échangés dans le monde, est totalement inutile.
-Notez l'effet d'attente de la phrase : l'expéditeur possède un forfait ENORME, jamais vidé, mais prend soin de limiter l'information afin de ne pas dépasser le fatidique dixième d'euro que coûte l'envoi du texto. En outre, il laisse ainsi la porte ouverte à un éventuel coup de fil pour obtenir plus de précision sur le nouveau portable sus-mentionné.
On peut donc y voir un véritable discours en filigrane, qui dirait quelque chose proche de : "appelle-MOI plutôt que ta mère ça prendra pas une heure et en plus tu vas apprendre des trucs nécessaires à ta culture de geekette en carton !"

Passons à la seconde partie du texto, non moins intéressante cependant : "Ta mère [...] elle."
-Le lien avec la première partie est évident, et permet de mettre au jour l'ironie de l'expéditeur : ce dernier possède tellement de forfait que son épouse se permet de lui demander d'envoyer un texto à sa place ; mais définitivement non, il restera laconique, un texto c'est 10 centimes un point c'est tout. Sinon c'est un mail, et les mails, c'est gratuit.
- L'ambiguité est largement présente : l'expéditeur a-t-il servi d'intermédiaire à son épouse, fauchée en termes de crédit téléphonique (et dans ce cas cela justifierait - hélas - l'hérédité pesante pour sa fille) ? Ou bien a-t-il agi en toute bonne foi, sachant pertinemment que pour son épouse, la rédaction d'un texto nécessite 1°) l'arrêt de toute activité, manuelle comme cérébrale 2°) la perquisition de toute la maison afin de retrouver a) ses lunettes de presbyte sévère b) le mode d'emploi du portable, même s'il a 5 ans d'âge 3°) la mise à disposition d'une durée minimale de 30 minutes, puis compter 2 minutes supplémentaires pour tout mot au-delà de la 31ème minute ?

Conclusion : "Bisous"
- L'on peut d'ores et déjà considérer la politesse toujours présente dans le texto étudié.
"Ton papa qui t'aime" eût sans doute paru quelque peu déplacé à l'expéditeur, même si au fond c'est bien ce qu'il pense, et qu'il sait parfaitement que la destinataire est capable de clore ses propres textos par un "j'te fais plein de bizoux Papounet" (mais seulement en début de mois parce qu'à partir du 15, elle finira par compter les caractères et donc éviter tout débordement affectif préjudiciable au dixième d'euro que coûte UN texto)



NB : j'ai appelé docilement ma mère, alors que je suis censée faire la tête... et ce qui devait arriver arriva : 40 minutes et 28 secondes de conversation,
dont au final il ressort que madame jouera publiquement pour la Saint-Patrick, que chez Swatch ils ne réparent que s'ils ont la pièce (sans blague ???), et que le meilleur remède au coup de blues post-mon-mec-s'en-va-loin-et-longtemps c'est le jette-toi-à-corps-perdu-dans-ton-mémoire-et-t'y-penseras-plus.

J'ai hésité de mon côté à lui raconter le coup de la marmotte qui met le chocolat dans le papier alu, puis me suis ravisée.
Manquerait plus qu'on ait des relations humoristiques, ma mère et moi.

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